À la Une de notre quatorzième numéro, découvrez le peintre Yannick Mouré. Basé à Esvres-sur-Indre, juste à côté de Chambray-lès-Tours, il ne devrait pas manquer de vous surprendre, tant par son coup de crayon que par sa démarche !

Natif de Loches dans l’Indre-et-Loire, Yannick Mouré est âgé de 14 ans lorsqu’il « tombe dans la peinture ». Nous sommes en 1968. Il est alors scolarisé chez les Jésuites, dans le Maine-et-Loire. « J’ai eu la chance d’avoir un professeur qui nous laissait libre d’utiliser à notre guise la salle de dessin. Rapidement, j’ai su que je voulais être artiste. Je ne parlais pas beaucoup, donc mon besoin de parole passait avant tout par le dessin, parfois par l’écriture », se souvient-t-il.

Après l’obtention d’un baccalauréat littéraire, toujours déterminé à faire de l’art son métier, il s’inscrit aux Beaux-Arts de Tours, établissement qu’il ne fréquentera pas bien longtemps. « Parallèlement aux Beaux-Arts, je repeignais mon appartement. J’y ai réalisé un trompe-l’œil au pinceau n8 (N.D.L.R : pinceau très fin). Difficile de se coucher à 4h du matin et d’être en cours à 9h ! », raconte l’artiste. « Je savais que je voulais devenir artiste »

Il s’inscrit ensuite à l’Université de Paris VIII mais une longue période de grève signe alors fin de sa scolarité. « Vraiment pas de chance ! », commente-t-il goguenard. « Je savais que je voulais devenir artiste et qu’avoir un diplôme n’était pas indispensable. Mais c’est vrai qu’en contrepartie, certaines choses que j’aurais pu apprendre en deux ou trois ans à l’école, m’ont pris dix ans. Cependant, j’ai appris d’autres choses », analyse l’artiste.

Les Gris du Cœur - Yannick Mouré

Les Gris du Cœur

Il effectue ensuite son service militaire. À son retour de l’armée, il travaille dans une imprimerie avant de s’installer en tant que graphiste indépendant en 1982. Une activité qu’il exerce toujours, mais de plus en plus rarement. Car attention à ne pas s’y tromper, l’art a toujours été son activité principale, sa raison d’être. D’ailleurs, il est incapable de rester trop longtemps sans créer. « Au bout de 8-10 jours, je deviens insupportable. Même en vacances, j’en profite pour griffonner un peu », ironise-t-il.

Pourtant, financièrement, comme beaucoup en font l’expérience, vivre de son activité d’artiste n’a pas toujours été facile. « C’est bien souvent une question de réseau et lorsqu’on n’est pas dans la norme, ce qui est un peu mon cas, c’est plus compliqué. Mais j’ai la chance d’avoir une épouse professeure (avec laquelle il a deux enfants de 26 et 30 ans), ce qui nous a permis de vivre décemment », explique-t-il.

Depuis ses débuts dans les années 80, le travail de Yannick Mouré a beaucoup évolué. « Généralement, j’évolue tous les dix ans. À partir du moment où je ne découvre plus rien dans ce que je fais, cela devient une technique et cela ne m’intéresse pas ». Par le passé, il a notamment beaucoup travaillé sur des œuvres de grands peintres, adaptant certains tableaux mythiques (comme par exemple L’Origine du Monde de Courbet ou La Liberté guidant le peuple de Delacroix).

Construction, destruction et reconstruction

Au-delà de l’aspect purement esthétique de ses œuvres, c’est la démarche intellectuelle de l’artiste, actuellement basée sur la construction-destruction-reconstruction, sur le dynamique et le statique, qui a attiré notre attention. « Il n’y a rien de plus statique qu’une toile. Alors comment peut-on créer quelque chose de dynamique en utilisant des éléments statiques ? ». Plusieurs des projets de l’artiste sont donc nés de cette interrogation.

Yannick Mouré - Les Gris du Coeur

Ah te revoilà – Les Gris du Cœur

Les gris du coeur, un mur de 7,30m de haut et de 10 m de large, constitué d’une multitude de toiles de dimensions différentes en est l’un des exemples les plus concrets. Chaque toile est un tableau en soi et il est possible de les placer à différents endroits du mur, de façon à faire évoluer le tout.

Cette démarche est encore plus visible à travers Le Grand Moi, un ensemble de 37 toiles. Là encore, les tableaux, de tailles différentes, sont des œuvres à part entière. Mais dans le même temps, elles font partie d’un ensemble. Toutes les pièces peuvent aller n’importe où et dans n’importe quel sens. Il en résulte un nombre incalculable de possibilités. À chaque fois qu’on change une toile de place ou de sens, le tout évolue et donne naissance à une nouvelle œuvre. « En tant qu’artiste, je peins des tableaux, mais au final, la globalité de l’œuvre me dépasse totalement. Les toiles ne sont pas faites pour être achetées par un seul acquéreur mais pour être vendues séparément. Donc, si quatre personnes se rencontrent et viennent avec leurs pièces, elles vont créer une œuvre qui sera totalement indépendante de ma volonté », explique Yannick Mouré.

Le grand Moi - YANNICK MOURÉ

Le grand Moi

Des projets plein la tête

Des idées, l’artiste en a plein la tête. Un retable laïc, un labyrinthe, de la sculpture, ou encore un projet constitué de 49 toiles pour lequel il souhaiterait collaborer avec des écrivains, voici quelques-uns des projets qui ont germé dans son esprit fertile. « Malheureusement, je manque de temps pour faire tout ce que je voudrais. Il faut prendre le temps de dormir et de manger ! », nous confie-t-il. Il lui faudra donc choisir entre ses différents projets, mais une chose est sûre, nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

Apocalyps now - Série Les Gris du Coeur - Yannick Mouré

Apocalyps now – Série Les Gris du Cœur

Benoît Labandibar