Le Petit faucheux est l’une des six structures de l’hexagone labellisées Scène de Musiques Actuelles spécialisées en jazz et musiques improvisées. Françoise Dupas, sa directrice depuis 2009 a accepté de nous rencontrer pour en évoquer l’actualité.

Pourriez-vous nous présenter les différentes missions du Petit faucheux ?

Le Petit faucheux remplit trois missions.

La première, la plus visible, consiste à pro­duire des concerts qui se déroulent soit au Petit faucheux soit si notre jauge (NDRL : 192 places) ne nous le per­met pas dans d’autres salles (Salle Thélème à Tours, Le Temps Ma­chine à Joué-lès-Tours…). Nous accueillons également les concerts d’autres structures avec qui nous collaborons étroitement, par exemple Jazz à Tours. Chaque année, nous produisons 50 concerts, dans et hors les murs, et en accueil­lons 90.

Deuxièmement, notre rôle consiste à accompa­gner les artistes, soit pour une simple répétition, soit sur une création de spectacles, en mettant à leur disposition des moyens humains et maté­riels. Certains groupes ou artistes enregistrent d’ailleurs leur album au Petit faucheux. Au total, on accueille une centaine de journées de répé­tition par an. On accompagne également les musiciens dans des recherches de subventions, de dates ou encore de contacts.

Enfin, le troisième volet, sans doute le plus important, concerne les actions culturelles que nous menons. Cela commence avec les scolaires puisque nous intervenons auprès de maternelles, d’écoles primaires, de collèges, de lycées et de l’Université François Rabelais. Mais il nous arrive aussi de mener des actions à l’hôpital ou encore à la prison de Tours. Nous touchons donc un très large public. Cela va de simples sensibilisations (rencontres, visite de la salle, présence à une répé­tition) à des projets plus élaborés et à plus long terme incluant de la pratique artistique.

Le Petit faucheux a 30 ans. Qu’est-ce qui a changé depuis ses débuts ?

Le principal changement, c’est la taille du lieu et de la structure. Initialement, le Petit faucheux était un tout petit café-concert avec une capacité d’une cinquantaine de places, situé vers la fac du vieux Tours. Il hébergeait beaucoup de propositions artistiques diffé­rentes (théâtre, chanson française, humour…) avant de prendre un virage jazz avec l’arrivée de Bernard Aimé.

En 2004, la Ville de Tours a proposé au Petit faucheux d’emménager dans nos locaux ac­tuels, un ancien cinéma transformé en théâtre (qui hébergeait jusqu’alors le Centre Drama­tique désormais situé au Théâtre Olympia). La jauge est passée de 50 à 192 places tandis que le budget a doublé et que l’équipe s’est étoffée. Ce déménagement a également permis à notre structure, déjà réputée nationalement pour la qualité de sa programmation, de remplir davan­tage de missions et d’obtenir le label Scène de Musiques Actuelles (SMAC) en 2007.

En 30 ans, nous avons programmé beaucoup de grandes stars du jazz qu’elles soient améri­caines, européennes ou françaises. Souvent, ces concerts ont lieu hors les murs pour des questions de jauge.

Depuis cinq ou six ans, nous essayons de dé­montrer que le jazz n’est pas une musique figée et réservée aux vieux mais, qu’au contraire, il s’agit d’une musique extrêmement dynamique, vivante et créative, en perpétuelle évolution. C’est pourquoi, nous nous efforçons de program­mer des artistes capables de jouer aussi bien du jazz sur partition que de la musique improvisée, ou de travailler sur des projets alliant jazz et musique électronique. Ces musiciens s’adaptent aussi bien aux bars qu’aux scènes nationales. Le but est de renouveler les publics et de redorer l’image du jazz.

Petit Faucheux - L'équipe

Que pourra-t-on voir lors de l’évènement organisé à l’occasion de vos 30 ans ?

Ce temps fort durera trois jours. Il compren­dra aussi bien des grosses pointures comme Kenny Gareth, qui fut le dernier saxophoniste de Miles Davis, que des artistes moins connus. Il portera donc la marque de fabrique du Petit faucheux, à savoir programmer aussi bien des têtes d’affiche qui font partie de l’histoire du jazz, que des groupes connus nationalement et des jeunes groupes locaux.

Comme chaque année, le Petit faucheux orga­nise le festival Émergences qui aura lieu au mois de novembre prochain. En quoi consiste ce festival ?

Cela fait en effet de nombreuses années que nous co-organisons ce festival en partenariat avec l’école Jazz à Tours, avec laquelle nous sommes très liés. En effet, c’est important pour nous d’avoir un lien fort entre la formation et la diffusion. Les jeunes musiciens ont besoin de venir jouer sur des scènes de professionnels tandis que de notre côté, nous avons besoin d’aller piocher dans cet énorme vivier de nou­veaux talents.

Chaque année, Émergences est donc le point d’orgue du travail commun mené par nos deux structures. L’idée est de programmer à la fois des têtes d’affiche et des jeunes groupes. Autre aspect important, c’est un festival qui nous per­met de sortir de nos murs et de retourner dans la rue. Par exemple, Émergences contient une soirée dans les bars et cela marche très bien. Cela démontre encore une fois que le jazz est une musique vivante, accessible et qui peut se jouer partout. (NDLR : Rendez-vous page 51 pour découvrir la programmation complète d’Émergences).

Quels sont les autres rendez-vous annuels du Petit faucheux ?

Chaque année, nous organisons trois autres fes­tivals : en janvier, le Festival Écoute voir avec la Cie Marouchka ; en mars, le Festival Superflux en collaboration avec le Temps Machine ; et enfin en juin Chinon en Jazz en partenariat avec la Ville de Chinon. Pour chaque évènement, nous sommes donc associés à une autre structure ce qui est très important pour faire connaitre notre musique auprès du plus grand nombre.

En termes de programmation, il existe des différences importantes.

Si vous ne deviez en citer que trois, quels seraient les concerts à ne pas rater pour ce début de saison ?

Difficile de n’en citer que trois ! Si vraiment je devais faire un choix, je dirais Bojan Z & Julien Loureau (le 31 octobre). Ce sont des références et en plus ça groove bien ! J’adore aussi le groupe Supersonic de Thomas Pourquery qui sera présenté dans le cadre du festival Émergences le 18 novembre. Ambiance garantie ! Enfin, je vais citer Craig Taborn, qui est déjà passé au Petit faucheux qui reviendra le 24 novembre. Sa musique est sublime ! Mais tous les autres concerts sont très bien aussi !

Propos recueillis par Benoît Labandibar

 

LE PETIT FAUCHEUX
Scène jazz et musiques improvisées
12 rue Léonard de Vinci
37000 Tours
Infos et réservations :
www.petitfaucheux.fr
02 47 38 67 62