Cellule Poison, L’Affaire des Affaires ou plus récemment Face au mur… Les amateurs du «neuvième art» ont sans doute déjà aperçu les bandes dessinées de Laurent Astier dans leur librairie. L’auteur castelroussin vit de sa passion depuis maintenant 17 années. Il a accepté de faire la Une de ce numéro et de partager avec nous son parcours singulier. Portrait.

C’est avec son frère aîné que Laurent Astier dé­couvre le dessin. Là où la plupart des enfants se tournent vers d’autres activités, les deux garçons ont continué d’exprimer leur imagination crayon en main. « Nous y passions des journées entières. À l’âge de 8 ou 9 ans, nous commencions déjà à élaborer des récits en BD inspirés de ceux que nous lisions dans les Fumetti ou les Pif », raconte l’artiste. Plus tard, les deux frères ont d’ailleurs pu travailler ensemble sur la série Aven, dont les trois tomes sont sortis en 2005, 2006 et 2007. « Je pense que sans lui, je ne ferais peut-être pas ce métier », poursuit-il.

Des cours de dessin à la signature du premier contrat

À l’âge de 11 ans, sa mère l’inscrit dans un cours de dessin afin de perfectionner sa technique mais cette expérience décevante prend rapidement fin. S’en suivent des études au lycée en section Arts appliqués et un BTS Art visuel et publicité. Suite à l’échec de l’agence de communication castelroussine qu’il monte avec deux de ses anciens camarades, il décide d’aller à Paris et devient designer de jeux vidéo pendant trois ans. Parallèlement, la bande dessinée occupe une place de plus en plus prégnante dans la vie de Laurent Astier. « C’est durant cette période que j’ai signé mon premier contrat. Après un an à travailler soirs et week-ends sur mon premier album, j’ai décidé de faire le grand saut et de quitter mon poste de salarié pour entamer ma carrière. C’était il y a 17 ans », explique l’auteur.

Des influences artistiques éparses

Bien souvent, Laurent Astier puise son inspiration de situations anodines issues de son quotidien. Cela ne l’empêche pas de s’appuyer sur diverses influences qui impactent le style de ses dessins. Lui-même se définit comme un dessinateur néo-classique avec un dessin demi-réaliste. « Je mixe les influences européennes, américaines et japo­naises. À côté des dessinateurs américains des années 40-50 et italiens des années 60-70, il y a aussi eu l’influence majeure de Jean Giraud alias Moebius, auteur complet par excellence. Je pense aussi à Otomo, le créateur de la série de manga Akira, ou encore à Franck Miller, l’auteur de Daredevil et Sin City », développe-t-il. Outre le cinéma et la télévision qui inspirent son dessin, on peut aussi retrouver l’influence du pop art, en particulier dans Cellule Poison (cinq tomes sortis entre 2006 et 2013).

En vieillissant, l’artiste projette de s’orienter aussi du côté de la peinture et de l’illustration. « J’ai toujours voulu que mon dessin serve au mieux l’histoire. Alors, je le fais tendre vers tel ou tel style pour chaque nouveau projet. J’essaie sans cesse de me renouveler », confie-t-il.

La tablette graphique a été son outil de travail principal pendant plusieurs années, notam­ment pour Gong, Cellule Poison et L’Affaire des Affaires. « Depuis Comment faire fortune en Juin 40 (paru en 2015), je suis revenu au papier. Je vais continuer pendant quelques temps comme ça », explique-t-il.

Laurent Astier L’Affaire des Affaires

Une année pour réaliser un album

Laurent Astier travaille entre huit et dix heures par jour, cinq jours par semaine, hormis en période de bouclage où se reposer devient un luxe qu’il ne peut guère se permettre. Réaliser un album de bande dessinée correspond à envi­ron une année pleine de travail, avec différentes phases : « Imaginer l’histoire, déterminer l’arc, développer les personnages. Puis, écrire le scé­nario, les dialogues, comme un script de film, avec descriptions des lieux, des ambiances, les sentiments des personnages. Ensuite, il y a le découpage ou story-board, c’est-à-dire le moment où la matière écrite devient de la bande dessinée. Après cela, je passe à la réalisation des planches, les crayonner, puis les encrer. Enfin, il y a la mise en couleur. Mais ce n’est pas encore fini car il y aura les relectures et les corrections », décrit-il.

Parmi les différentes sagas dont Laurent Astier est l’auteur, L’Affaire des Affaires et ses quatre tomes sortis entre 2009 et 2011 est celle qui lui a donné le plus de fil à retordre. Il faut dire qu’à l’époque il a dû sortir une planche par jour pendant deux ans. Heureusement, le jeu en a valu la chandelle. Cette immersion dans l’affaire Clearstream réalisée en collaboration avec le journaliste Denis Robert, a d’ailleurs été adap­tée au cinéma en 2015, avec Gilles Lellouche et Charles Berling dans les rôles principaux.

Laurent Astier Cellule Poison

Quant à Cellule Poison, une série de cinq albums réalisés entre 2006 et 2013, Laurent Astier en a été l’auteur complet. « Même si elle n’a pas eu le succès commercial rêvé, elle reste comme une étape importante dans ma carrière », confie-t-il.

La BD comme activité principale

Ne vous méprenez pas, être auteur de BD reste une activité difficile sur le plan financier mais Laurent Astier collabore depuis le début avec de grands éditeurs et vit de ce métier. Lors des

festivals de BD, la participation et l’animation des auteurs restent bénévoles. « On va animer bénévolement des lieux sans en tirer un avantage financier, alors que personne ne penserait faire venir gratuitement un groupe de musiciens ou une troupe de théâtre. Pour nous, c’est gratuit, sous couvert de promotion. Cela grignote aussi une bonne partie de notre vie de famille », déclare l’artiste qui précise néanmoins que ces moments d’échanges permettent de créer des affinités entre les auteurs et le public. Ces liens, Laurent Astier ne manque pas de les cultiver en communiquant régulièrement à ses lecteurs l’avancée de ses projets sur les réseaux sociaux.

Face au mur 2 - Laurent Astier

Un nouveau projet d’envergure !

Vous l’aurez compris, peu de repos pour Laurent Astier qui se lance dans une nouvelle grande aventure : une série western en cinq tomes. « La série s’intitule La Venin. Le premier tome paraîtra en début d’année prochaine. Je reviens à mes premières amours. Après l’univers carcéral de Face au mur, je crois que j’avais besoin de grands espaces », ajoute-t-il.

Mais pour l’heure, son actualité c’est bien le deuxième tome de Face au mur, disponible en librairie depuis le mois de janvier. Inspirée d’une histoire vraie, cette bande dessinée, loin de faire l’apologie du grand banditisme, raconte la vie de Jean-Claude Pautot (qui a co-signé l’ouvrage), 61 ans dont 20 de braquage et 25 passés der­rière les barreaux. Ce projet ayant mis six ans à voir le jour, Laurent Astier espère bien le voir un jour adapté à la télévision ou au cinéma. Nous lui souhaitons le même succès que XIII, Seuls ou plus récemment Valérian, bandes dessinées devenues des films qui ont chacun leur tour car­tonné au box-office.

Valentin Blanc