Artiste peintre décorateur né à Chartres en 1964, Patrice Aubry a une particularité : une bonne partie de ses toiles représentent des chanteurs de blues. Et comme son coup de pinceau vaut le coup d’oeil et que Centrifuge aime bien mélanger les genres, c’est tout naturellement que notre équipe l’a choisi pour réaliser cette Une. Portrait.

Une Patrice Aubry Adolescent, Patrice Aubry a deux pas­sions : le sport et la peinture. Ce sont alors ses parents qui vont choisir son futur métier pour lui. « Assez bizarrement, mes parents ne voulaient pas que je fasse du sport, donc je me suis rabattu sur la peinture », raconte-t-il.

Une formation de peintre décorateur

Après le lycée, il part étudier à l’École Blot, une institution rémoise spécialisée dans la peinture décorative. Il va ensuite terminer sa formation à Bruxelles, à l’Institut Supérieur de Peinture Décorative Van Der Kelen pour y étudier le trompe-l’oeil. « Une super école où j’ai rencontré des gens de tous les horizons et de tous les pays », se souvient l’artiste. Pour preuve, l’Institut existe toujours.

Dès sa sortie de l’école, il s’installe à Paris et commence à travailler. Il est alors âgé de 22 ans. « Lorsque j’étais à Bruxelles, j’avais eu la chance d’être ami avec le fils d’un des plus grands décora­teurs de Paris. Grâce à lui, j’ai pu immédiatement trouver du travail. J’ai donc toujours vécu à 100 % de la peinture », se réjouit Patrice Aubry. L’artiste retourne ensuite en Eure-et-Loir, à Chartres, à Luisant puis au Coudray, où il réside depuis 2004.

Un emploi du temps partagé entre trois activités

Son métier revêt actuellement trois facettes : la peinture sur toiles, la peinture décorative et l’enseignement de son art.

Actuellement, les plus grands jazzmen et blues­men de l’histoire occupent une place majeure dans les créations personnelles de Patrice Aubry. Pourtant cela n’a pas toujours été le cas. « Au départ, je peignais beaucoup de natures mortes dans le style des écoles flamandes et françaises des XVII et XVIIIe. J’aime aussi beaucoup représenter des regards de femmes », raconte le peintre. « C’est petit à petit que j’ai évolué vers les peintures de musiciens. On ne se réveille pas un matin en se disant qu’on va totalement changer sa façon de peindre », poursuit-t-il.

Bien qu’il se soit essayé au piano et à l’harmo­nica, Patrice Aubry n’est pas à proprement parler musicien. Malgré tout, ce dernier est depuis très longtemps un passionné de musique. « Vers l’âge de 15 ans, j’écoutais beaucoup de rock. Et puis petit à petit j’ai dévié vers le blues. C’est un style musical tellement fort que j’ai envie de l’écouter mais aussi de le comprendre. Sans cela, il n’y au­rait pas les musiques que l’on écoute maintenant. Willie Dixon, célèbre contrebassiste et chanteur avait l’habitude de dire que le blues constitue les racines et tout le reste les fruits (NDLR : dans la version originale The blues are the roots ; eve­rything else is the fruits). C’est une musique qui m’inspire énormément car elle dégage une force incroyable », s’enthousiasme l’artiste. D’ailleurs, il déclare écouter beaucoup de musique lorsqu’il peint. Il cite notamment certains piliers du blues comme Skip James ou des interprètes laissant une plus grande place à l’électrique comme Manu Lanvin ou Joe Bonamassa.

Peinture à l’huile

M 9 Inspiration Blues Web Patrice Aubry utilise principalement de la peinture à l’huile, le plus souvent à partir de photographies. Il faut dire que sa femme ayant été photographe pendant des années pour La République du Centre, ce n’est pas la matière première qui lui manquait ! De ces clichés, l’artiste en garde le personnage central avant d’imaginer le décor. Il a croqué la plupart des grands bluesmen et jazzmen, comme Miles Davis ou Eric Bibb. D’autres sont des personnages fictifs tout droits sortis de son imagination.

Chose étonnante, alors que Patrice Aubry adore portraiturer des femmes, les musiciens qu’il peint sont exclusivement des hommes. « Je ne sais pas pourquoi mais c’est ainsi ! Ce n’est pas du tout intentionnel et je remédierai sans doute à cela sans tarder », répond l’artiste lorsqu’on lui demande une explication.

Pour vous offrir l’une de ses toiles, il vous faudra débourser de 400 à 2.500 € selon le format. La plupart du temps, c’est par le bouche à oreille que les clients viennent à lui. « Auparavant, j’exposais mes toiles dans quelques galeries mais beau­coup d’entre-elles ont dû mettre la clé sous la porte. Et comme récemment j’ai participé à très peu d’expositions, presque toutes les personnes qui me contactent ont entendu parler de moi par l’intermédiaire d’anciens clients », explique-t-il.

En parallèle, Patrice Aubry continue d’exercer le métier pour lequel il a été formé, celui de décorateur d’intérieur. Il intervient principalement pour restaurer des châteaux et des monuments ainsi qu’auprès de riches particuliers en quête d’originalité. « J’ai décoré pas mal de domiciles de célébrités mais je préfère ne pas dévoiler leurs noms », explique Patrice Aubry. À chaque fois, ce dernier visite le lieu afin de proposer une œuvre personnalisée.

Transmettre son savoir

M 20 Bottleneck 2Il consacre également la moitié de son temps professionnel aux leçons qu’il donne, aux Couleurs Coudrionnes (association en lien avec la mairie du Coudray) et auprès de l’association chartraine Peinture & Réalités. Au total, il a une cinquantaine d’élèves. « Certains d’entre eux sont débutants, d’autres ont déjà un très bon niveau et sont en quête de perfectionnement », explique le peintre. Une activité dans laquelle il s’épanouit pleinement. « J’aime beaucoup partager mon savoir », poursuit-il.

Projets de livres

Chose indispensable pour un artiste, Patrice Aubry a l’esprit fertile. Il vient de terminer deux livres associant son métier à l’une de ses grandes passions : la gastronomie. Le premier ouvrage, Blues et Gastronomie réunit sur chaque double page une recette portant le nom d’une chanson de blues des années 40, 50 ou 60 faisant référence à la gastronomie et un dessin de l’artiste (par exemple Ham and Eggs de Lead Belly).

Le second, intitulé, gastronomie et peinture asso­cie des recettes à des peintures à l’huile un peu décalées des plats en question.

Pour le moment, Patrice Aubry n’a contacté qu’un seul éditeur et n’a pas encore trouvé preneur. « Mais je vais poursuivre ma recherche », explique l’artiste à qui on souhaite bonne chance dans la réalisation de ces très beaux projets.

Benoît Labandibar

 

PATRICE AUBRY
Peintre, enseignant et décorateur intérieur.
Pour le contacter :
www.patriceaubry.blogspot.fr
aubrypatricebob@neuf.fr
06 84 91 03 58