Que l’on soit artiste, organisateur d’un événement culturel ou gestionnaire d’un lieu historique, la Direction Régionale des Affaires Culturelles, plus communément appelée DRAC, est un passage quasi obligé. Pourtant, le grand public méconnaît souvent le rôle prépondérant de cette structure en matière culturelle. Décryptage.

Qu’est-ce qu’une DRAC ?

Créées à l’initiative d’André Malraux alors Mi­nistre de la Culture, les DRAC sont chargées de représenter l’État de façon équilibrée dans chaque région. Elles ont pour mission la mise en œuvre de la politique culturelle orchestrée par le Ministère de la Culture et donc par l’État. Elles exercent également une fonction de conseil auprès des diverses collectivités territoriales et des parte­naires culturels locaux.

Territoires d’Outre-mer compris (en ce qui les concerne on parle de direction des Affaires culturelles), la France compte dix-huit directions régionales des affaires culturelles. Le siège de la DRAC Centre-Val de Loire se situe à Orléans. Elle comprend une antenne dans chacun des six départements. Au total, elle emploie 115 personnes.

Compétences

Les missions des DRAC couvrent des secteurs d’activités identiques à ceux du ministère à savoir : lecture, musique, arts plastiques, danse, théâtre, cinéma et audiovisuel, culture scientifique et technique, musées, archives et patrimoine.

  • Patrimoine

Un monument historique est un statut juri­dique attribué à un monument ou à un objet présentant un intérêt historique, artistique et/ou architectural suffisant pour en rendre nécessaire la préservation. En région Centre-Val de Loire, 2.700 édifices sont protégés.

À chaque projet de restauration ou de préser­vation d’un lieu, les DRAC ont pour mission d’exercer un contrôle scientifique et technique lors des différentes étapes et de déterminer le montant des subventions nécessaires pour la réalisation des travaux.

  • Archéologie

Il est fréquent que la construction de nouveaux bâtiments entraîne la découverte de vestiges archéologiques témoignant de la façon dont vivaient nos ancêtres.

Cela autorise les services de l’État à demander des fouilles avant que le projet voie le jour. C’est dans ce cadre que les DRAC interviennent pour émettre des prescriptions, valider les projets scientifiques et techniques et vérifier que les fouilles seront effectuées dans les règles de l’art.

  • Musées

Les services de l’État interviennent également auprès des Musées de France. Soixante-cinq musées de la région Centre-Val de Loire bénéficient de ce label national.

Au quotidien, la DRAC mène une activité de conseil auprès de chacune de ces structures.

Lorsque ces musées émettent un projet d’acqui­sition ou de restauration d’une œuvre ou d’une collection entière, les DRAC assurent un rôle de conseil et de contrôle scientifique et technique. Enfin, en cas d’ouverture de musées appartenant à des collectivités territoriales, elles peuvent tem­porairement subventionner des emplois.

  • Politique du livre

Les interventions de la DRAC dans le domaine du livre et de la lecture ont pour objectifs la démocratisation de l’accès à la lecture et le soutien apporté à l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre : auteurs, maisons d’éditions, librairies et bibliothèques.

À ce titre, elles apportent leur appui à la construc­tion, l’aménagement, l’équipement, l’informatisation des bibliothèques, ainsi qu’à la numérisation de leurs collections. Elles coordonnent le déploiement d’événements de portée nationale sur l’ensemble du territoire régional (Printemps des Poètes, Partir en Livre, Nuit de la lecture…).

  • Aides au spectacle vivant

Il s’agit d’une des particularités des politiques culturelles en France. Les acteurs privés comme publics ont vocation à obtenir des aides de l’Etat. Tout projet culturel, à partir du moment où il s’inscrit sur un territoire, peut potentiellement bénéficier de l’appui d’une DRAC.

Soutien des structures labellisées

Les Centres Chorégraphiques Nationaux, Centres Dramatiques Nationaux, Scènes Natio­nales, les Scènes de Musiques Actuelles ou encore les Centres d’Arts sont des labels décernés par l’État qui reconnaît ainsi l’importance du projet artistique de certaines structures. Parfois, les DRAC participent à leur conseil d’administration. Surtout, un même lieu peut obtenir un finance­ment pour plusieurs motifs.

Par exemple, en 2017, le Centre Dramatique National de Tours a perçu de la DRAC une première subvention pour ses actions éducatives dans les collèges et lycées, une deuxième au titre de la jeune création (artistes en résidence) et une troisième eu égard à ses dépenses de fonctionnement. Au total, elles représentent environ 20% du budget total annuel de la structure.

Soutien aux acteurs privés

Que ce soit dans le domaine du spectacle vivant ou des industries culturelles (le cinéma, l’édition, le théâtre, la musique, la danse) nombre de structures sont souvent dirigées par des artistes. Pour financer leurs projets ou leur fonctionnement, elles sollicitent des soutiens, notamment financiers, par le biais de demandes de subventions.

Trois critères sont déterminants : la faisabilité de l’oeuvre, le public qu’un sujet peut potentiellement toucher et la qualité artistique de la proposition. Ce dernier aspect est un peu subjectif, mais les conseillers ont aussi pour rôle d’alerter les por­teurs de projets sur les faiblesses de leurs dossiers.

Toutes disciplines confondues, dans le domaine du spectacle vivant, la DRAC Centre-Val de Loire travaille sur plus de 600 dossiers par an. Au total, en 2017, elle a soutenu 44 structures de théâtre, 30 dans le domaine des arts plastiques et 64 en musique et en danse.

Accompagnement personnalisé

La première étape est de rencontrer un des conseillers de la DRAC (chacun gère un domaine artistique bien précis). Celui-ci prend alors le temps d’analyser les besoins des porteurs de projets artistiques avant de les orienter vers l’aide adéquate (création, diffusion, actions cultu­relles…). Les subventions attribuées ne sont pas divisées en parts égales entre les demandeurs. Elles dépendent de l’ampleur des projets. La plu­part reçoivent entre 5.000 et 7.000 € mais il n’est pas rare que la DRAC finance jusqu’à 15.000 €.

Certaines compagnies sont éligibles à des conventionnements, une aide substantielle allant de 50.000 à 80.000 € par an, et ce, pendant trois ans. Ceux-ci comportent des obligations (par exemple produire a minima deux spectacles et assurer au minimum 120 représentations sur la période du conventionnement).

Parmi le champ des aides possibles, la DRAC peut également proposer aux artistes ou aux compagnies des résidences de créations. Dans ce cas, il s’agit de bénéficier d’un lieu pour créer et d’être rémunéré pour cela.

Vous êtes porteur d’un projet culturel ou artistique ? Vous envisagez d’aller demander un soutien à la DRAC ? Voici quelques conseils :

À quel moment aller voir la DRAC ?

Au plus tôt ! À leur début, beaucoup de compagnies et de collectifs n’ont pas les moyens d’employer un administrateur, rôle souvent rempli par l’artiste les ayant créés. En général, celui-ci s’attache en premier lieu à développer son projet artistique et à voir si ses créations rencontrent un public. Les premières personnes qu’ils vont ensuite chercher à rencontrer seront des directeurs de salles de spectacles ou les responsables culturels de collectivités territoriales. Rencontrer la DRAC au plus tôt peut-être un gain de temps précieux pour un collectif artistique cherchant à se développer et à se structurer.

Comment augmenter vos chances d’être soutenu ?

Les DRAC sont très sensibles à la présence culturelle en zone rurale. Aussi, les initiatives prises dans ce qu’il est convenu d’appeler zones blanches, ou plus clairement les déserts culturels sont subventionnés assez massivement. Poursuivant le même objectif, elle sera également sensible aux spectacles itinérants parcourant les zones rurales.

La DRAC a tendance à favoriser les créations. Ainsi, les compagnies créant un spectacle de A à Z bénéficient de davantage de soutien financier que celles reprenant simplement le répertoire d’auteurs classiques.

Enfin, la DRAC a pour vocation d’aider davantage les nouveaux acteurs que ceux établis depuis longtemps. Ainsi, votre cin­quième spectacle sera sans doute moins subventionné que votre premier.

Benoît Labandibar

Plus d’informations : www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Centre-Val-de-Loire