Pôle chanson française, Les Bains- Douches de Lignières-en-Berry (situés à une trentaine de kilomètres de Saint-Amand-Montrond et d’Issoudun et à une cinquantaine de kilomètres de Bourges et de Châteauroux), organiseront en mai prochain, la vingt-septième édition de leur évènement phare, le festival l’Air du Temps. Alors que Jean-Claude Marchet, son directeur et fondateur, s’apprête à partir pour une retraite bien méritée après 40 ans de bons et loyaux services, c’était l’occasion parfaite d’évoquer avec lui ce lieu ayant participé à faire connaître Sanseverino, Vincent Delerm, Cali et la plupart des têtes d’affiches de la chanson française.

Quel était votre projet lorsque vous et votre épouse avez fondé les Bains-Douches ?

L’association qui gère Les Bains-Douches et l’activité elle-même a été créée en 1978. Je viens du secteur bancaire et j’ai travaillé dans ce secteur jusqu’en 1988. À partir de 1989, j’ai travaillé dans la culture et cela jusqu’en 2000. J’étais donc, comme mon épouse Annie, ensei­gnante, co-fondatrice des Bains-Douches et les autres acteurs de la première heure, entière­ment bénévole. Lignières compte à peine 1.500 habitants. Nous ne pouvions imaginer que les Bains-Douches deviendraient une structure culturelle professionnelle de cette importance. Nous programmions un spectacle par mois : artistes amateurs, semi-professionnels, profes­sionnels, mêlant théâtre, musique, conte… La musique s’est rapidement imposée, la chanson française en particulier car c’est un art qui a une forte histoire et qu’Annie et moi adorons.

Quelles ont été les principales étapes de leur développement ?

L’histoire des Bains-Douches s’est construite année après année, malgré des difficultés mul­tiples. Au fil du temps, nous avons fait de cette structure musicale un lieu réputé de création, de diffusion, d’accompagnement des artistes et d’action culturelle.

Labellisée Scène de Musiques Actuelles en 1998, la scène ligniéroise est devenue Pôle Chanson de la Région Centre-Val de Loire en 2001. C’est à cette date que la mise en place d’une équipe permanente s’est imposée (deux personnes au début, puis rapidement trois).

Enfin, les Bains-Douches ont été totalement restructurés en 2010-2011. Il s’agit désormais d’un lieu offrant de très bonnes conditions d’accueil aux artistes et au public.

Bains-Douches, Jean-Claude Marchet

Quelles sont les missions des Bains-Douches ?

Mettre en avant la vitalité de la chanson fran­çaise d’aujourd’hui dans toute sa diversité, c’est la grande mission des Bains-Douches. Il est plus que jamais primordial d’œuvrer au service de cet art populaire, avec le double souci de valoriser les répertoires, le patrimoine et de soutenir la création contemporaine.

En tant que SMAC, l’action culturelle, avec un fort volet d’éducation artistique et culturelle, est au cœur de l’activité du lieu, qui accueille ou réalise des expositions et programme des rendez-vous particuliers…

En tant que Pôle chanson porté par la Région, nous organisons des repérages chanson dans la région deux fois par an et nous mettons en place des stages de perfectionnement artistique et professionnel, des aides à la création, à la apportons notre soutien aux manifestations de chansons françaises… L’accompagnement des artistes régionaux occupe une place importante. La structure accompagne aussi certains porteurs de projets artistiques et culturels de territoire (P.A.C.T.) dans leurs choix.

Quels sont les artistes les plus prestigieux que les Bains-Douches ont participé à révéler ?

La plupart des artistes qui composent la scène chanson d’aujourd’hui sont passés à Lignières, parfois à leurs débuts, avant la sortie d’un premier album. On peut citer Vincent Delerm, Renan Luce, Sanseverino, Olivia Ruiz, Came­lia Jordana, Cali, Camille, Moriarty, La rue Ketanou, Philippe Katerine, Thomas Fersen, Dominique A, Albin de la Simone mais il y en a beaucoup d’autres.

Comment sélectionnez-vous les artistes que vous programmez ?

Il est important de suivre les artistes dans l’évolution de leur carrière et leurs nouvelles aventures. La programmation comporte donc un certain nombre d’artistes reconnus. Bien sûr, elle fait également la part belle aux artistes émergents, avec une attention particulière por­tée à ceux de la région. Tout cela demande un suivi attentif des actualités musicales et évi­demment d’assister à un nombre important de concerts. Les différents réseaux dans lesquels nous sommes impliqués permettent aussi de fructueux échanges.

La sélection des artistes programmés est le fruit de tout ça, en prenant bien soin de mêler les esthétiques, les familles (chanson pop, rock, trad, électro, classique…).

En quoi consiste le festival l’Air du Temps ? Pourriez-vous me présenter son édition 2018 ?

La première édition a eu lieu en 1988 pour célé­brer le dixième anniversaire de l’association. À l’origine, il ne devait pas y avoir de suite et la deuxième édition n’a eu lieu qu’en 1993. En 2018, nous en serons à la vingt-septième.

Le festival n’est pas détaché de la saison, dont il est en quelque sorte le prolongement. C’est un festival à taille humaine, qui n’a pas vocation à empiler les concerts ni à chercher des jauges importantes. Les concerts se déroulent dans quatre lieux, qui peuvent accueillir de 150 à 600 spectateurs. Outre Les Bains-Douches, les autres lieux ont été choisis pour leur originalité et leur charme. En 2017, nous avions 5.300 spectateurs (98% de taux de remplissage !).

Depuis 2005, le festival est rythmé par un artiste fil rouge. Cette année, ce sera Babx. Et il y a toujours des moments de rencontres, entre les artistes et le public : une promenade chantée, un atelier reportage dessiné ou encore un cabaret matinal autour d’un feu de bois. Une vingtaine d’artistes seront program­més. Parmi eux Sandra Nkaké, Sanseverino, Frédéric Fromet, Magyd Cherfi (NDLR : décou­vrez la programmation détaillée page 71).

Bains-Douches, Jean-Claude Marchet

L’équipe des Bains-Douches

Vous vous apprêtez à transmettre le flam­beau. Comment analyser-vous votre parcours aux Bains-Douches et comment se passera votre succession ?

Annie et moi-même passerons effectivement la main dans le courant de l’été. Cette aven­ture a été semée d’embûches mais magnifique. Nous sommes très heureux d’avoir tissé des liens aussi forts avec tant d’artistes talentueux et qu’ils soient aussi nombreux à considérer Les Bains-Douches comme leur maison. Bien sûr, nous sommes aussi touchés par la place qu’occupe cette structure pour beaucoup de gens de notre territoire.

La procédure de recrutement, définie par le Ministère de la Culture, puisqu’il s’agit d’un lieu labellisé, est en cours. La future directrice ou le futur directeur devrait être nommé fin mai et prendre son poste en juin.

Pourriez-vous déjà nous dévoiler quelques noms d’artistes qui se produiront aux Bains- Douches en 2018-2019 ?

Mon départ prochain fait que je ne vais pré­parer qu’une partie de la prochaine saison. Évidemment, les artistes venus préparer leur nouveau spectacle durant la saison 17/18 se­ront programmés, notamment Daphné et Tom Poisson, des fidèles. Et côté résidences, nous allons accueillir dès septembre Volo et Luciole, puis Nathalie Manguy, Thibaut Defever et bien sûr plusieurs les artistes régionaux que nous accompagnons.

LES BAINS-DOUCHES EN CHIFFRES :

  • 209 places assises et jusqu’à 350 en assis-debout.
  • 30 à 35 artistes accueillis durant la saison et une vingtaine lors du festival.
  • 10.000 spectateurs en saison et 5.000 lors de L’Air du Temps.
  • Une équipe composée de huit personnes.

Plus d’informations : www.bainsdouches-lignieres.fr

Propos recueillis par Benoît Labandibar